Christian Mistral naît à Montréal le 3 novembre 1964.

Son père, Paul-Amable Lussier, qu'il ne connaîtra jamais et dont il n'apprendra l'identité que vingt-cinq ans plus tard, semble avoir été un cyclothimique doublé d'un fascinant fumier.

Sa mère, Monique Boucher, âgée de dix-neuf ans, résiste aux pressions sociales et garde l'enfant, qu'on appelle alors Paul-André.

En 1967, elle épouse Réjean Roy, un ami d'enfance, qui adopte le petit, rebaptisé Christian.

Monique tient un dépanneur rue Beaubien, Réjean est boulanger. Ils habitent d'abord l'arrière-boutique avant d'emménager dans un modeste trois pièces à l'étage. Christian apprend à lire à quatre ans en déchiffrant les gros titres des journaux jaunes exposés aux regards des clients sur des tablettes à sa hauteur.

Sa soeur Annie vient au monde en 1970. Monique se reconvertit dans le travail de bureau tout en suivant des cours du soir en administration qui lui ouvriront les portes d'une nouvelle carrière. Quant à son beau-père, il devient distributeur de journaux et périodiques durant huit ans, avant de se fixer dans la conversion moléculaire de produits pétroliers. La famille déménage au gré de ses fortunes changeantes, d'abord dans le quartier Saint-Michel, puis à Ville d'Anjou, avant de faire l'achat d'un domaine à flanc de rivière à Saint-Marc-sur-Richelieu, le Marcus des romans.

À la mort de son grand-père, Hector, le garçon hérite d'une flopée de chapeaux de feutre et d'un puissant modèle idéal.

Après une année d'études secondaires au Collège Mont-Saint-Louis, Christian est inscrit au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Il écrit depuis l'âge de dix ans, mais l'adolescence va cristalliser sa passion en une vocation durable. En 1979, il utilise le produit d'un travail d'été pour faire imprimer ses poèmes à compte d'auteur et fugue une première fois avec le reste des sous. En effet, ses parents et lui ne s'entendent guère et le garçon, vieilli avant l'âge, est impatient de se jeter dans le feu de l'homme, ainsi qu'il l'écrira plus tard. Par ailleurs, c'est aussi l'époque où, ayant soustrait deux onces de cognac à la réserve familiale, il va s'éprendre de l'alcool.

À seize ans, il épouse Natali Tremblay, qui lui donnera un fils, Jean-Christian Hector, l'année suivante. La première moitié du prénom de l'enfant est un hommage superstitieux à Jean Borduas, l'ami légendaire que les lecteurs de Vamp découvriront sous les traits de Blue Jean Balfus. Le mariage ne dure pas.

Brièvement inscrit en Lettres au Collège Rosemont, Christian décide littéralement de se "faire un nom": il abandonne l'école pour écrire à plein temps, ainsi qu'un patronyme en lequel il ne se reconnaît pas. Il fait choix de Mistral pour des raisons qu'il n'a pas, à ce jour, livrées toutes.

Suivront les années d'aveugle foi, faites de refus d'éditeurs, d'apprentissage, de dressage de talent, d'amantes généreuses et de troubles de la paix publique. Il a vingt-et-un ans lorsqu'il entreprend Vamp, et vingt-trois lorsque André Vanasse, directeur littéraire chez Québec/Amérique, publie ce qu'il appelle "un auteur dépenaillé capable de manier le verbe avec la dextérité des grands magiciens", "un cri qui vient de déchirer le ronron pépé des dix dernières années", "enfin un écrivain qui dessille l'oeil de la littérature québécoise du tranchant vif de son stylo acéré".

Le succès est immédiat, massif et violent. Vautourparaît en 1990, faisant date. En 1992, la rencontre de Luce Dufault et Dan Bigras crée les circonstances favorables à la naissance d'un parolier qui semble toucher les coeurs et les esprits avec une maîtrise déconcertante.

Un destin se dessine, ainsi qu'une fatalité, celle qui échoît aux célébrités, soit de déchoir; cependant, se sachant peu fait pour l'anonymat, Christian ne se plaint pas. Lorsque viendront les infâmes accusations d'attentats conjugaux, les procès, la prison, il rongera son frein, muet mais digne. Le monde et ses mensonges, lâchetés, compromis, le désespère, mais il résiste au jouir le jour, sachant l'issue certaine, s'efforçant néanmoins, tel un alcoolique repenti, de ne pas céder aujourd'hui. Ses devises sont: Quand il n'y en a plus, il en reste encore! et L'opéra n'est pas fini tant que la grosse femme n'a pas chanté!

Toutefois, ulcéré par sa propre vanité, il songe à cesser d'écrire. En effet, le coeur n'y est plus et Mistral se découvre une faille de caractère affligeante pour un écrivain: plutôt que de travailler pour les lecteurs qui lui sont restés fidèles, il en veut aux déserteurs et se refuse à jeter ses perles aux cochons. La crise durera cinq ans.

La parution de Valium en 2000, de Sylvia au bout du rouleau ivreen 2001, et l'accueil chaleureux qui leur est fait, confirment le retour de la foi, pour le plus grand bonheur de ses admirateurs. En 2003, la publication coup sur coup d'Origines et de Vacuum ravit les vrais croyants et bouche les fausses sceptiques.

Christian Mistral habite le Plateau Mont-Royal dans un studio donnant sur le Parc Lafontaine. Il travaille à un ouvrage intitulé Goth...