Entretiens


I

(extrait, réalisé à Montréal par Sylvie Pierron le 6 février 2003)


Sylvie Pierron: Alors une des premières questions, je ne sais pas si ça vous concernera directement, mais... à quel moment est entré votre dernier dictionnaire dans votre bibliothèque ?
Christian Mistral: Ah... ben, y en a au moins un que ça concerne directement, je suis obligé de dire que c'est probablement le Webster et ça remonte à plus de dix ans, c'est celui qui a le moins d'usage. J'ai eu... j'en ai eu d'autres depuis, c'est des cadeaux... C'est deux fois le dict'-- parce qu'il faut parler de ceux qui sont plus là --Le Robert 2, j'ai bien aimé celui-là. Mais deux fois j'ai dû le revendre, à perte, parce que j'étais dans la dèche. Comme aujourd'hui, si je l'avais eu je l'aurais vendu une troisième fois parce que [rire] j'ai plus un rond. Celui-là il serait rentré en dernier mais il est sorti en premier.

S.P.: Vous l'utilisiez ?
C.M.: Non, c'est ça, je m'en servais juste pour m'amuser. Je pourrais jamais revendre le Robert 1 premièrement parce que je m'en suis trop servi et on m'en donnerait rien, pis aussi parce que, parce que : il m'est essentiel.

S.P.: Donc est-ce qu'il y a des dictionnaires comme ça qui vous ont servi pour vos premiers écrits et que vous n'avez plus, ou parce que vous les donnez ou parce que vous les vendez ?
C.M.: Non, non, c'est encore, depuis le premier roman, c'est encore le même. Il doit avoir une vingtaine d'années, ça commence à paraître sérieusement. Mais c'est vrai que j'aurais du mal à m'en défaire.

S.P.: Et alors comment vous l'utilisez le Robert ?
C.M.: Le Robert il est de même : on sait quand on rentre mais on sait pas quand on sort. Je l'utilise comme j'utilise l'Internet, moi je dis tout le temps, tu vois, qu'il est fait un peu de la même façon, mais c'est plutôt le contraire c'est Internet qui est fait comme le Robert, par des hyperliens, nous quand on tombe, on tombe sur ... par exemple on cherche un mot, pis c'est un autre qu'on va trouver, parce qu'il faut se rappeler de celui qu'on cherchait à l'origine, si on veut pas se laisser distraire. Mais a priori quand je m'en sers c'est soit pour vérifier l'orthographe ou pour, souvent pour trouver un synonyme, une autre façon d'exprimer les choses.

S.P.: Justement quand vous tombez dans le dictionnaire est-ce que ça vous est utile aussi, est-ce que ça peut changer le, l'orientation du texte d'une certaine manière ou... ?
C.M.: Oh oui, ben oui, constamment. Surtout quand en parcourant le dictionnaire on tombe sur un autre mot auquel on n'avait même pas songé, qu'a rien à voir avec celui qu'on cherchait. Un seul mot ça peut, ça peut ouvrir un train d'idées, ça sert à débloquer quand on est bloqué, ça je l'ai fait souvent. Presque à chaque page. Ah, ouais, ouais, c'est un instrument essentiel. Tous les romans sont dans le dictionnaire, en désordre, comme dit Louis (Hamelin), qui lui-même paraphrase Cocteau. Remarquez, il n'a pas entièrement raison, parce qu'il ne tient pas compte des néologismes...

S.P.: Ouais : vous en faites pas mal des néologismes.
C.M.: Quand c'est nécessaire. [ici Christian Mistral se tourne vers Kevin, un ami, pour évoquer brièvement une conversation précédente sur le néologisme) Non mais le fait est que chez Chomsky, il y a beaucoup de, il y a une autre définition de la langue : la langue normative et la langue, quel mot ? constructive?

S.P.: Générative?
C.M.: C'est quoi la définition ?
Kevin: La langue est... la langue est, doit être comprise par celui qui exprime.
C.M.: ... en dehors d'un ensemble fermé.La langue doit être comprise par celui qui l'émet et par celui qui la reçoit. Donc ça s'applique à une grille de néologismes. Mais je le fais jamais juste pour m'amuser.

S.P.: Ben non. Mais vous les construisez comment ? En fait, c'est quasi-spontané ?
C.M.: C'est pas mal instinctif, oui. Si on remonte à la source, quand même, le latin m'a aidé pas mal pour ça. Ou alors "néologiser" : c'en est un néologisme aussi. [rire] Il est logique. C'est des mots qui existent pas comme ça, pis qui devraient. Il n'y en a pas beaucoup mais y en a. On nous apprenait quand on était enfants qu'y avait, y avait un mot pour chaque chose pis qu'en français y avait pas deux mots qui voulaient dire exactement la même affaire. Avec l'expérience qu'on en fait, c'est pas tout à fait exact ; pis aussi qu'y a pas un mot pour chaque chose, même s'il y a une chose pour chaque mot. Il y a parfois des petits vides à combler. Mais c'est plutôt rare quand même. Et avant de le faire, il faut avoir fait le tour de la grille pour être sûr que le mots existent pas déjà.

S.P.: Oui, ouais. Je crois que je me suis posé la question à certains moments. Je vous ai lu sans dictionnaire. [rire] Et à certains moments j'écrivais " néologismes ", je sais pas si je vais retrouver tout de suite (en feuilletant mes notes) et puis je mettais " point d'interrogation " : est-ce que c'est peut-être simplement un mot que je connais pas ou...
C.M.: Ben ça c'est un peu vicieux par contre parce que c'est vrai que... Il y a avait des profs de français qui enseignaient mes livres au CEGEP ou à l'université qui étaient, il y en avait qui étaient vraiment confus, et il y en a qui ne l'étaient pas, qui avaient compris assez vite, ça dépend tout le temps parce que le texte est un miroir pour la personne qui le lit. Et de la façon dont elle réagit face à, justement quand le système normatif est déroutant le moindrement, ça en dit plus long sur elle que ça en dit sur le texte. Alors il y en a qui mettaient longtemps avant de s'apercevoir qu'ils étaient menés en bateau. D'autres moins. Parce qu'ils avaient tendance à faire une confiance aveugle au locuteur, j'imagine. Ça m'a toujours fasciné. Mais c'est ça la façon dont je construisais cette espèce de... je parle spécifiquement du passage à la fin de la première partie de Vamp, c'est celui où il y en a le plus. C'est que... Ils sont introduits de façon progressive. Au début ils sont mêlés, il y en a un... à l'intérieur de vingt lignes, et il y a d'autres mots qui sont pas usuels. Puis après ça il y en a de moins en moins qui existent [rires]. Là ça devient vraiment mêlant : faut dire qu'il m'arrive de le relire et j'ai encore de la misère parfois (rires] je me souviens plus exactement, [je m'explique) les entorses à moi-même, mais ça fait plus de quinze ans facilement, alors...

S.P.: Vous avez commencé tôt ? à jouer avec les mots ? Déjà dans la période scolaire et... ?
C.M.: Enfin, jouer... Jouer c'est vraiment jouer, mais quand c'est ludique c'est quand on fait de la poésie par exemple. Ça, on commence tous, tous à quatorze ans à peu près ? J'ai pas fait exception.

S.P.: Mais ça vous amuse aussi ce jeu sur la langue ?
C.M.: Ben faut commencer à s'amuser vraiment pour vraiment bien connaître la langue. C'est, c'est comme tous les sports. Ce qui est intéressant c'est ce qu'on a appris pour mieux l'oublier, ou en faire abstraction. Mais... J'ai commencé tôt à écrire, j'avais une dizaine d'années, mais je n'ai pas commencé à m'amuser avant... plus tard que ça, beaucoup plus tard. Dans la vingtaine je dirais. Parce que pour s'amuser il faut aussi que ce soit pas un effort. C'est trop laborieux, les années d'apprentissage, c'est extrêmement laborieux. On n'a pas l'occasion de s'amuser souvent parce que sitôt qu'on se relit on, on a la nausée. Tout est à jeter pis faut recommencer. Ce qui fait que je me souviens pas (astheure) que je me sois beaucoup amusé. Je vais prendre une cigarette, quand même...

S.P.: Justement dès vos premiers textes on sent une grande maîtrise, une grande fluidité de la langue. C'est à dire que... j'allais dire une vitesse, une rapidité, un rythme. Et en même temps, des mots vraiment importants. Et je me demandais par rapport à ça si il y a une grande importance de la réécriture avec dictionnaire par exemple dans ces premiers textes ?
C. M.: Oh ! mon dieu... Non.

S.P.: C'est à dire est-ce que vos brouillons sont très travaillés, est-ce que... ?
C.M.: Ils sont... plus du tout parce que y a plus de brouillons vu que je me sers du traitement de texte, mais je dirais que vous parlez du premier, vous faisiez référence, dans l'ordre de publication, à avant...

S.P.: ... oui, avant.
C.M.: c'est beaucoup plus dense que...

S.P.: ... oui, c'est très dense...
C.M.: alors, non, c'est pas parce que j'y ai travaillé moins par la suite qu'ils sont moins denses, au contraire, je pense que j'ai travaillé plus pour les, tendre à une plus grande simplicité. Mais ça encore c'est trompeur, parce que le travail... des fois c'est pas visible sur le papier. Les exégètes vont avoir beaucoup de mal à, à le voir. Je sais pas si les autres travaillent comme ça, mais moi ça se fait dans ma tête avant. Avant de le mettre sur le papier. Je me souviens bien quand je travaillais, ça, les brouillons que j'ai, ils sont plus éloquents ceux de cette époque là, parce qu'on voit les ratures. Et puis les mots qui peuvent faire problème, les mots qui sont plus rares ou qui sont, qu'on rencontre moins souvent, ça c'est la même chose : ils sont déjà là à l'origine, parce que la phrase est souvent bâtie autour. S'il y a quelque chose, c'est qu'il y en a moins dans les ratures, j'en ai enlevé pas mal.

S.P.: Il n'y avait pas notamment des jeux de substitutions pour obtenir des chaînes de sons ? Il ya aussi un travail sonore important ?
C.M.: Ben ça je suis ravi que vous vous en rendiez compte parce que ça... Je me souviens, tantôt je cherchais dans le Robert pour deux raisons : pour vérifier une graphie, pis pour trouver un substitut. Ça, oui, au début j'ai dû le faire plus souvent. À un moment donné, à une époque assez lointaine j'ai dû le faire plus souvent effectivement. À la réécriture, si je trouvais qu'un mot était trop courant puis que la phrase était plate donc, puis que j'en trouvais un autre qui s'adonnait à être une allitération, ben là c'est certain que je pouvais pas y résister, encore aujourd'hui je ne peux pas résister à ça. Sauf que très vite ça s'est fait, avant même que je mette l'affaire sur le papier j'ai fait mes recherches. Habituellement ça sort de ma tête. Parce que je l'entends comme ça. Ça présume pas...

S.P.:... Donc vous mémorisez quasiment un texte et vous l'écrivez avec son rythme et...
C.M.: Ben, je le mémorise... c'est phrase par phrase, le texte il se fait, ça c'est de la musique intérieure pis ça échappe au dictionnaire. Tandis que le travail se fait dans ma tête avant, je veux pas dire une page au complet, un paragraphe par exemple, au moins une phrase et puis ça peut aller jusqu'à un court paragraphe. Puis là, en le mettant sur papier je sens ce qui doit venir après. Même si je sais pas de quoi ça va parler spécifiquement. Mais musicalement je le sens. C'est une sorte de... C'est les stances, je sais pas si vous voyez, c'est vraiment... C'est ça, le style! [rire] Deux courtes une plus longue, une courte une plus longue, une énumération, deux éléments une virgule puis deux éléments une conjonction puis un dernier élément puis bang : une chute. Mes chutes sont pas mal senties, aussi, je pense, c'est ça qui peut donner l'impression que tout ce qui précède est rythmé. Parce que quand on arrive à la fin pis que la chute est réussie, ça rejaillit sur tout ce qui précède. Et sur ce qui continue. C'est l'impression que j'ai en tout cas [rire]. Alors là, mais, quand même il faut prendre des cas spécifiques... Ce matin, ce matin... Le dictionnaire le plus important c'est celui qu'on construit en soi au fil des années, qui ressemble beaucoup à un dictionnaire personnel dans un traitement de texte, je veux dire celui où on peut admettre de nouveaux mots, pis avoir son propre champ lexical, ça ressemble pas mal à ça. Ce qui fait que ça il faut jamais en faire abstraction. Hier j'ai rédigé des éléments pour le communiqué pour mon prochain livre dans la collection Écrire. J'en ai trois paragraphes, j'ai écrit que ce livre là est un <<morceau vital>> de mon oeuvre. Cette nuit, ce matin dans le demi-sommeil--je trouve souvent des idées comme ça--j'ai réalisé qu'<<organe vital>> serait beaucoup mieux que morceau vital, ce qui fait que j'ai envoyé à Trois-Pistoles [rire] un e-mail pour passer un message à Victor Lévy-Beaulieu qui pour une fois a répondu rapidement que aussitôt, que la correction va être faite... Bon, parce que là j'ai pas eu à référer spécifiquement au dictionnaire. Par contre, l'autre soir on corrigeait... [à Kevin :] C'est ma préface qu'on corrigeait ? pour <<les grandes orgues>>? Oui c'est ça. Pis là ça nous a pris deux heures. Ce qui fait que Kevin m'aide beaucoup pour ça aussi, il en sait autant que moi, des fois plus, fait que ça me permet de lancer mes idées puis d'avoir une bonne écoute.

S.P.: Là il s'agit de quoi au fond, de la précision ou... ?
C.M.: Non, là, c'etait un mélange de dictionnaire pis de grammaire parce que j'ai réalisé que j'avais employé <<délice>>, et <<amour>> dans le texte alors pourquoi pas intégrer <<orgue>> aussi pour avoir la trinité, <<amour>>, <<orgue>> et <<délice>> à mettre au féminin et au pluriel. Ce qui fait que là pour être sûr, ça a pris le dictionnaire, plus la grammaire. Puis après ça j'ai pu intégrer les grandes orgues (ambiantes ?) dans le texte pour en faire un tout plus serré. Un deuxième degré de lecture. Je donne ça à titre d'exemple plus spécifique parce que là je parlais en généralités et je peux me tromper quand je parle en généralités parce qu'il s'agit juste des impressions que j'ai sur mon propre travail. C'est, les questions qu'on soulève en ce moment, s'il y a une chose qui est sûre c'est que si on se les posait à chaque fois qu'on écrit, le rythme dont on parlait pis le style dont on parlait prendraient le bord de la fenêtre, ça c'est les premières choses qui partiraient. Faut pas être trop conscient de ce que l'on est en train de faire pendant qu'on le fait. Faut l'avoir appris mais après il faut l'oublier, parce que sinon ça bloque tout le reste. La mémoire vive est mise à contribution...


II

(réalisé à Montréal par Emmanuel Circius le 14 février 2002)


Emmanuel Circius: Ce bouquin en chantier, Origines, vous pouvez nous en parler un peu?
Christian Mistral: Désolé, non. Ce serait prématuré.

E.C.: Superstitieux?
C.M.: Comme tout le monde, j'imagine, mais ce n'est pas ça. Pas tout à fait. Napoléon avait coutume de dire: "Il n'ira pas loin, celui qui sait d'avance où il va..."

E.C.: Je comprends. Attention, tout de même, qu'on n'aille pas vous diagnostiquer un complexe de Napoléon!
C.M.: (Rit) Plus jeune, je sortais avec une fille qui me trouvait si imbu de moi-même que je devais, selon elle, me figurer que c'était Napoléon qui faisait un complexe de Mistral!

E.C.: (Rit) Diriez-vous que l'expérience vous a enseigné la modestie?
C.M.: Il faut croire, à en juger par les réactions de mon entourage.

E.C.: C'est-à-dire?
C.M.: C'est-à-dire que je les fais moins chier. Du moins, tout me porte à le croire. J'ai pas réalisé de sondage.

E.C.: Vous vous prenez toujours pour un génie?
C.M.: C'est pas loyal, cette question-là. Je me prends comme je suis, comme j'essaie de prendre tout le monde. Tel quel. Le G word, il se trouve assez de gens pour le prononcer à ma place, et puis ceux qui savent de quoi ils parlent sont conscients que ça n'a rien de drôle, ni de méritoire. C'est un cadeau empoisonné. Ça facilite la résolution de problèmes, mais ça oblige à s'en poser de plus compliqués, qui paraissent chimériques à bien des gens. Chimériques, inutiles, capricieux même. Ç'est un état d'esprit qui peut isoler un homme de ses semblables.

E.C.: Douloureux?
C.M.: Ça fait pas de bien, évidemment. Remarquez, c'est comme ne pas se laver, ça tient les emmerdeurs à distance.

E.C.: Seuls ceux qui vous aiment vous approchent...
C.M.: Précisément. Mais on peut difficilement imaginer plus stérile comme sujet, non? À propos d'Origines, je peux vous dire que je l'écris pour VLB.

E.C.: L'auteur ou l'éditeur?
C.M.: L'auteur et l'éditeur! Figurez-vous qu'au dernier salon du livre de Montréal, Victor-Lévy me demande mon adresse précise, code postal et tout. Supposément qu'il doit me faire part de quelque chose. Faut dire qu'on a beau se connaître et s'aimer, on ne se fréquente pas beaucoup, ou alors par livres interposés, vu qu'il vit à Trois-Pistoles. Toujours est-il que les semaines passent et j'attends de ses nouvelles. Or, mon espoir secret est qu'il me demande de participer à sa nouvelle collection, Écrire, des opuscules monographiques sur le pourquoi et le comment de leur écriture par autant d'écrivains Québécois. Et la semaine dernière, je reçois enfin un mot de lui, me remerçiant d'avoir accepté de contribuer à sa collection et me priant de lui retourner un exemplaire signé du contrat ci-joint. Je sautais de joie et je mourais de rire en même temps. Ce vieux Lévy, débordé d'activité entre le salon et les vingt-cinq ans des Éditions VLB, se figurait qu'il me l'avait déjà demandé et que j'avais dit oui. Ou alors c'est sa méthode, je ne sais pas. En tout cas, j'ai pas fait de manières, j'ai signé le contrat et je le lui ai retourné par le prochain courrier. De mémoire d'écrivain, ce doit être le deal le plus indolore jamais conclu dans l'histoire de l'édition, vous croyez pas?

E.C.: C'est bien possible, en effet. On a beaucoup rapproché vos deux noms, au début de votre carrière...
C.M.: C'était à cause du scotch et des chapeaux. Aujourd'hui, il ne boit plus et je porte beaucoup moins de feutres...

E.C.: Il y avait plus que ça, quand même. L'ambition, la colère...
C.M.: Oui, sans doute. Des choses immatérielles.

E.C.: Êtes-vous toujours athée?
C.M.: (Soupire) Hmmm hmmm...

E.C.: J'enregistre une réponse positive, là?
C.M.: Malheureusement.

E.C.: Pourquoi, malheureusement?
C.M.: Vous voulez rire? Ça n'a rien de drôle, de perdre la Foi, quand on l'a eue aussi fort que moi. Mais je n'avais plus le choix d'embrasser la "religion athéiste", même si elle a mauvaise haleine...

E.C.: Une odeur de sainteté, en quelque sorte?
C.M.: (Rit jaune) En quelque sorte.

E.C.: C'est vrai que vous avez officiellement abjuré le catholicisme?
C.M.: Oui. Je dois avoir le papier quelque part. Le papier qui en fait foi. C'est assez paradoxal, quand on y pense.

E.C.: On dit de vous que vous êtes très organisé, très méticuleux...
C.M.: Sans blague? Je crois qu'on dit aussi deux ou trois autres choses...

E.C.: Vous classez soigneusement vos archives?
C.M.: C'est vrai. J'ai du notaire dans l'âme.

E.C.: Ça peut surprendre.
C.M.: Ah bon? Surprendre qui?

E.C.: Eh bien, vous n'avez pas précisément la charpente qu'on suppose à un notaire.
C.M.: Un peu Hercule, un peu Poirot... Je ne sais pas. Je crois que les notaires ont beaucoup changé depuis Maître Potiron.

E.C.: Et les écrivains? Ont-ils changé depuis Claude-Henri Grignon?
C.M.: Bonne question! Non, je crois qu'ils sont les mêmes. Grignon avait un sale caractère, une vanité hypertrophiée, il n'était pas étranger à la mesquinerie. Les écrivains sont de sales types, en général.

E.C.: Et diserts. Vous n'êtes guère bavard, il me semble...
C.M.: Comparé à quoi?

E.C.: Eh bien, euh... disons, à d'habitude.
C.M.: Ah bon? Ouais. Y a des jours comme ça. Et puis, là, faut dire que vous me prenez tôt.

E.C.: Il est cinq heures de l'après-midi!
C.M.: Tôt dans l'année. Le 14 février, c'est l'heure des poules à l'échelle calendaire. Je me ressens encore du temps des Fêtes, vous comprenez. Si vous préférez, on peut remett...

E.C.: Non, non! Parlez-moi plutôt de vos projets. On dit que vous avez toujours plus d'un fer au feu; c'est vrai?
C.M.: Ah, c'est pas faux. C'est pas faux. Là, ce qui m'amuse beaucoup, c'est travailler à ma section du site web.

E.C.: Laquelle préférez-vous?
C.M.: Proverbes. Ils s'écrivent tout seuls, j'ai qu'à retenir ceux qui font réfléchir!

E.C.: L'alcool tient toujours autant de place dans votre vie?
C.M.: Non. Je ne bois plus tous les jours, ni jusqu'au délire. J'en ai moins besoin.

E.C.: Ça vous abîme?
C.M.: Oh, le corps, surtout. La bière fait des ravages incroyables, surtout quand on la combine avec la cocaïne.

E.C.: Comment ça?
C.M.: Eh bien, d'ordinaire, la coke fait maigrir, en supprimant l'appétît et en accélérant le métabolisme, mais chez environ une personne sur dix, c'est le contraire qui se produit. L'amalgame des molécules d'alcool et de coke retient les graisses. Moi, j'ai découvert la coke assez tard, vers vingt-neuf ans, et j'ai gonflé en un hiver. C'est Dan Bigras qui m'a appris ça, pour le dix pour cent. Il avait le même problème.

E.C.: Dites-nous quelque chose à propos de votre corps que même votre mère ignore...
C.M.: (Réfléchit) Mes dents de sagesse ne sont jamais sorties. (Pouffe) À bien y penser, elle s'en doute probablement! Écoutez, c'est pas que je m'ennuie, mais aujourd'hui c'est quand même la Saint-Valentin et j'attends quelqu'un. Ça vous embête pas qu'on poursuive cet entretien plus tard?